DE L'INSOUTENABLE LEGERETE DE N'ETRE

« La vérité est scandaleuse. Mais sans elle, il n'y a rien qui vaille. Une vision honnête et naïve du monde est déjà un chef- d'œuvre... À mesure que vous approchez de la vérité, votre solitude augmente. » Michel Houellebecq, in Rester vivant.
 

01 février 2006

Cocktail


Il aura donc fallu l'arrivée d'une certaine Angela au pouvoir outre Rhein pour que le président Poutine entende parler de la Tchétchénie en terme peu élogieux, et Bush se voir sérieusement reprocher Guantanamo.

Mais avant cela - très récemment - des émeutes particulièrement violentes et nombreuses ont secoué nos banlieues. De nombreux auteurs - écrivains, chanteurs ou cinéastes - avaient bien sûr prévu le phénomène depuis longtemps et mis en garde nos élites. En effet, que des personnes désespérées et vivant des dans conditions épouvantables en arrivent à de tels agissements n'est en rien surprenant. Cela semble même "tomber sous le sens", comme le veut l'expression populaire.

Ainsi - par conséquent - si les agissements en question sont certes illégitimes et particulièrement injustifiables, ils sont parfaitement compréhensibles.

Il aura donc fallu cela - une flambée de violence spectaculaire - pour que certains de nos hommes politiques, de nos penseurs et de nos journalistes, comprennent l'ampleur et la gravité de la question sociale dans ces zones - dans ces quartiers et dans ces villes.

Il aura donc fallu cela pour qu'ils comprennent l'impérieuse nécessité de lutter rapidement et efficacemment contre la pauvreté, l'insalubrité et l'insécurité dans nos banlieues.

Avant qu'il ne soit encore plus tard que trop tard.

On a notamment évoqué la nécessité d'un "Grenelle des banlieues".
At last.

A cet égard, la discrimination positive telle que prônée par le président de l’UMP me semble un instrument digne d’intérêt.

Mais la discrimination positive effraie.
C’est incontestable.

Pourtant - pratiquée depuis le début des années 6O aux Etats-Unis - elle mérite certainement un examen attentif et objectif. Il s'agit en effet de se départir de toute idée reçue, et de se concentrer sur les faits.

Nicole Bacharan - historienne spécialiste des Etats Unis – se penche sur la traduction française du mot “affirmative action”. Et de fait, traduire ce terme par «discrimination positive » constitue pour elle "une absurdité".

Comment en effet espérer convaincre et lutter contre l'injustice en usant d'un vocable aussi mal connoté que "discrimination" ?

Bacharan explique notamment que la vraie discrimination est nécessairement insidieuse, cachée. “C'est celle qui sévit aujourd'hui en France et à laquelle il faut mettre fin”.

Dans cette optique, il faut se tourner vers le CV anonyme. Et là encore, il s’agit d’étudier calmement la question.

Le terme Curriculum Vitae – en latin - peut se définir comme « cours de la vie ».

En matière de vie professionnelle, c’est le document écrit qui renseigne sur l’état civil, les titres, les capacités et les activités passées d’un individu.
C’est donc sur cette base que l’employeur va d’abord distinguer parmi de multiples candidats.

Pourtant - dans ce même temps - l’article 122-45 du Code du Travail énonce qu’ « aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement » en raison « de son origine, de son sexe, de ses moeurs, de son orientation sexuelle, de son âge, de sa situation de famille, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son patronyme ou en raison de son état de santé ou de son handicap.”

Ainsi, notamment, un employeur n’a pas le droit de se fonder sur la nationalité d’un candidat pour refuser de l’embaucher, sur son appartenance à une ethnie, une nation ou une race, sur son apparence physique ou son patronyme.

L’employeur n’a pas le droit.
C’est aussi simple que cela. Et c’est notre loi.
Par voie de conséquence, toute disposition ou tout acte contraire à l'égard d'un salarié sera déclaré nul de plein droit.

Encore une fois, c’est aussi simple et strict que cela.
Qu'en pensez-vous, chers lecteurs ?

Dans ces conditions, je ne vois vraiment pas quel argument valable pourrait être opposé à la généralisation par la loi du Curriculum Vitae anonyme, puisque – tout simplement – l’employeur n’a pas le droit de se fonder sur l’état civil du candidat pour faire son choix.

Alors bien sûr, les discriminations illégales seront certainement tout aussi nombreuses, et notamment au stade de l’entretien d’embauche.
Alors bien sûr, les discriminations légales sont tout aussi injustes et iniques que celles réprimées par la loi. Et notre ensemble social est malade au point de les exacerber.

Mais néanmoins, en confrontant directement - par l'intermédiaire du CV anonyme - les populations discriminées aux employeurs, il y a fort à parier que l’on parviendra peu à peu à réduire les comportements frauduleux.

Et ce sont ces populations illégalement discriminées mêmes – handicapés, seniors, musulmans et caetera – qui convaincront au mieux les employeurs de leurs qualités, de leur savoir et de leurs compétences.

Pour ma part, j'ai un rêve.
Celui d'une société dans laquelle les individus seraient courageux – moins lâches. Une société où l’honnêteté intellectuelle serait érigée au rang de valeur fondamentale. Concrètement, un ensemble social où chacun serait apte à reconnaître ses erreurs, ses limites, et à prendre en compte l’intérêt général de l’ensemble social qui lui permet de survivre.

Mais ce raisonnement devient inepte dès lors que l'ensemble social n'assure plus la survie de chacun de ses membres.

Et c'est exactement l'enjeu même du débat.

La refonte - par delà nos Institutions - de notre façon de comprendre et de faire la politique.
La construction d'un nouvel idéal social et économique qui prendrait en compte chacun des acteurs - passifs ou actifs - qui constituent aujourd'hui notre société.
L'acceptation définitive et constructive des différentes composantes sociales, religieuses et ethniques formant aujourd'hui notre nation.

Une prise de conscience collective de l'importance majeure de chacune de ces composantes dans l'avènement et la pérennisation d'une société tolérante, libérée de ses entraves idéologiques, économiquement prospère et redistributrice.

Comments:
Je pense qu'il est totalement utopique de croire qu'un meilleur est possible, et surtout qu'il arrivera. Je ne suis pas pessimiste quant à l'humanité et à toutes ses formes de discriminations, mais l'Homme est avant tout un animal car la seule chose qui le distingue de celui-ci n'est autre que le savoir-vivre et non pas l'intelligence de l'âme (celle de l'esprit est très active parcontre mais trouve son plaisir dans la destruction -massive ou passive). L'être humain est principalement vil et égocentrique et il en sera toujours ainsi. Les choses ne changeront pas et le mal-être perdurera. Certaines exceptions confirment la règle. Toutefois, je pense être dans le vrai, ou du moins, d'en être assez proche...
 
Sur le CV anonyme, Damien a écrit :
Qu'en pensez-vous, chers lecteurs ?

Réponse de Jack : Le CV anonyme est une très bonne chose. Je connais un employeur qui, à la suggestion de son directeur du personnel, a demandé il y a plusieurs années de masquer les noms et photos pour ne pas avoir d’a priori. Résultat : il a dès les premiers entretiens, viré autant de blancs que de blacks que de beurs qui ne lui inspiraient pas confiance…, et, contre ce qu’il aurait pensé, il a embauché un beur qu’il qualifie aujourd’hui de « du tonnerre » et qui est devenu un ami. Son expérience lui fait dire : Quand un postulant entre dans mon bureau pour la première fois, c’est ma première impression sur la confiance que je pouvais lui accorder qui a toujours été la bonne. Quand, dit-il, je me suis raisonné à ne me fier qu’au CV sans tenir compte du ressenti, j’ai toujours eu des ennuis. Alors vive le CV anonyme !


Damien a écrit : Pour ma part, j'ai un rêve. Celui d'une société dans laquelle les individus seraient courageux – moins lâches. Une société où l’honnêteté intellectuelle serait érigée au rang de valeur fondamentale. Concrètement, un ensemble social où chacun serait apte à reconnaître ses erreurs, ses limites, et à prendre en compte l’intérêt général de l’ensemble social qui lui permet de survivre.
Mais ce raisonnement devient inepte dès lors que l'ensemble social n'assure plus la survie de chacun de ses membres.

Réponse de Jack : Je pense que les individus sont courageux et ce n’est pas parcequ’on voit, que beaucoup ne font rien que ce sont des fainéants. S’il paraissent inactifs c’est parce que le système les oblige à cacher leurs activités ou à se limiter à l’assistanat obligé.
Tout-à-fait d’accord quand vous dites : « ce raisonnement devient inepte dès lors que l'ensemble social n'assure plus la survie de chacun de ses membres. ». C’est pour cela que j’invite à dépasser le rêve, à entrer dans le domaine du CONCRET, du POSSIBLE en dotant l’ETAT de moyens de recyclage d’argent lui permettant de ne plus oublier personne, en encourageant l’activité, en ne l’imposant plus et en diminuant les transferts pour être compétitifs. Pour prendre la mesure du possible sans croire bêtement les y’à qu’à non fondés, il faut lire attentivement et jusqu’à bien comprendre :
http://www.u-blog.net/duConcretContreLaMisere
Alors le monde devient clair et il est enfin possible de construire sur du roc et non plus sur le vent des mots, des dires, ou des impressions

Damien a écrit : Une prise de conscience collective de l'importance majeure de chacune de ces composantes dans l'avènement et la pérennisation d'une société tolérante, libérée de ses entraves idéologiques, économiquement prospère et redistributrice.

Réponse de Jack : Ok pour une société redistributrice à condition que ce ne soit pas du style RMI comme aujourd’hui qui incite à ne pas travailler. Il faut une redistribution libératrice et encourageant l’activité, ce que permet CONCRETEMENT la cohérence Economique que vous avez tout loisir d’analyser sur mon blog.
Enfin pour se libérer des entraves idéologiques, ce qui est indispensable, il n’y a pas d’autre solution que de proposer un idéal de liberté avec l’écriture d’une idéologie (traité de ce qu’on pense et dit) d’Inoppression Active fidèle à la déclaration des Droits de l’Homme d’aoust 1789

APA a répondu
…, l'Homme est avant tout un animal … - trouve son plaisir dans la destruction … - est principalement vil et égocentrique et il en sera toujours ainsi. Les choses ne changeront pas et le mal-être perdurera.

Réponse de Jack : Agis
 
Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien



<< Home

Archives

octobre 2005   novembre 2005   décembre 2005   janvier 2006   février 2006  

Contact
Enter your email address below to subscribe to De l'insoutenable légèreté de n'être!


powered by Bloglet

This page is powered by Blogger. Isn't yours?


Rédacteur Agoravox