DE L'INSOUTENABLE LEGERETE DE N'ETRE

« La vérité est scandaleuse. Mais sans elle, il n'y a rien qui vaille. Une vision honnête et naïve du monde est déjà un chef- d'œuvre... À mesure que vous approchez de la vérité, votre solitude augmente. » Michel Houellebecq, in Rester vivant.
 

22 novembre 2005

L'action affirmative : la discrimination positive en action.


Ouverture de boîte mail, c'est du classique.
C'est du Guido.

"Salut Damien, as-tu noté que la côte de Nicolas SARKOZY a bondi de onze points ? Il est désormais l’homme politique préféré des français. Etrange, à écouter les medias français, j’aurais plutôt cru qu’il était au bord du gouffre, et que ces déclarations sur les émeutes lui auraient bientôt valu un carton rouge gouvernemental. Cela conforte mes convictions : le problème de partialité du paysage audiovisuel français (des journalistes ?) va bien au de là du seul Zapping.

Enfin, j’ai récemment lu un bouquin pas mal de Nicole BACHARAN, historienne spécialiste des Etats-Unis et auteur de "Faut-il avoir peur de l'Amérique" ? Ca change un peu de tous ces bouquins racistes qui trônent en tête de gondole des librairies françaises (Etats-Unis : Génocide et Crime contre l’humanité, etc.).

Bref, je recommanderais essentiellement ce livre pour son passage sur « l’action affirmative ». Un passage qui m’a définitivement conforté dans le fait que Dominique de Villepin ne m’a pas convaincu, mais bien énervé.
Hors, dans mon journal favori, j’ai trouvé un article de madame sur la chose.

Puis je t’en rapporter les grandes lignes ?


« Au lieu de se plaindre du regard parfois caricatural que les étrangers portent sur la crise des banlieues, il serait plus opportun d'étudier les méthodes qu'ils ont utilisées pour favoriser l'intégration. Ainsi l'« action affirmative » pratiquée aux Etats-Unis depuis les années 60 mérite un examen attentif et lucide, fondé non sur des idées reçues comme il en circule tant en France, notamment dans les cercles gouvernementaux, mais sur les faits.

La traduction française « discrimination positive » est une absurdité : le mot « discrimination » n'a jamais eu le moindre sens positif ni en français ni en anglais. Adopter un terme aussi contradictoire, c'est discréditer d'emblée la méthode. La vraie discrimination (forcément négative), c'est la réalité de la France aujourd'hui.

Qu'est-ce alors que l'« action affirmative » ? Ceci : les entreprises et les agences publiques doivent engager des employés issus des minorités sous peine d'être en infraction avec la législation sur la non-discrimination dans l'emploi, et les universités doivent considérer que l'appartenance à une minorité est un « plus » dans le dossier d'un étudiant, comme le sont les activités sportives ou civiques. L'action affirmative, c'est un « coup de pouce » donné aux minorités, et non l'instauration de quotas. Contrairement à ce que l'on dit souvent ici, les quotas sont interdits aux Etats-Unis.

Il est aussi faux de dire que chaque Américain serait définitivement « fiché » selon sa « race ». Déclarer son appartenance ethnique, lors du recensement d'une candidature dans une université ou dans une entreprise, est toujours facultatif. L'appartenance ethnique n'apparaît ensuite sur aucun document officiel (permis de conduire, carte de Sécurité sociale, passeport). Rappelons que la carte d'identité n'existe pas aux Etats-Unis.

On oppose souvent le « modèle républicain à la française » à un prétendu « modèle communautariste à l'américaine ». Cela n'a pas de sens. Les deux Constitutions - française et américaine - garantissent l'égalité de tous les citoyens sans distinction de sexe, de religion ou d'origine. Aux Etats-Unis, l'action affirmative n'est ni un principe constitutionnel ni le projet de figer la société dans des divisions communautaires. C'est une méthode pragmatique, pour faire entrer les minorités défavorisées dans la marche économique de la nation.

Quarante ans après cette déclaration, on ne peut que constater les progrès accomplis : en 1960, seuls 13 % des Noirs faisaient partie de la classe moyenne ; ils sont aujourd'hui 66 %. Certes, ces chiffres signifient aussi qu'un tiers des Noirs vivent encore dans la pauvreté (comme l'a montré la catastrophe provoquée par l'ouragan Katrina) et que bien du chemin reste à parcourir. Mais passer de 13 % à 66 % d'« intégrés économiques » dans un pays héritier de l'esclavage et de la ségrégation, c'est une impressionnante avancée. Colin Powell a dirigé l'armée des Etats-Unis, et Condoleezza Rice conduit les Affaires étrangères.

C'est vrai, cette méthode n'est pas sans défaut : elle provoque frustrations, conflits, procès ; elle s'accompagne d'une bureaucratie tatillonne. Il ne faut pas croire que les Américains s’y soient jamais pliés facilement. Pour que les gouvernements successifs et les tribunaux l'aient imposé, il a toujours fallu deux clés. D'abord, la prise de conscience nationale que sans intégration l'avenir du pays tout entier était en danger, et c'est cette prise de conscience qui sous-tend la volonté politique. Ensuite, une économie dynamique et créatrice d'emplois : quand les jobs sont rares, il est très difficile, sinon impossible, de faire accepter que des postes soient réservés à une catégorie de citoyens. Le chômage, c'est l'une des causes principales de l'échec de l'intégration en France.

Pas plus qu'elle ne prône le communautarisme, l'action affirmative ne le crée. Mais elle prend acte que le communautarisme existe et s'efforce de le combattre. Oui, il peut sembler choquant, sur le plan des principes, d'identifier les citoyens selon leurs origines ethniques. Mais c'est oublier que dans la réalité ces citoyens sont déjà identifiés comme tels, qu'ils sont déjà séparés les uns des autres dans des communautés tenues à l'écart, et qui, par voie de conséquence, se replient sur elles-mêmes. Vaut-il mieux s'arc-bouter sur des beaux idéaux au prix d'un dramatique immobilisme ? Ou opter pour le moindre mal, c'est-à-dire regarder la réalité de la France en face et tâcher avec détermination et modestie d'ouvrir vraiment les portes de l'intégration ? »

(Nicole BACHARAN, extrait en partie du Figaro du 17 novembre 2005)


Guido".

Chers lecteurs, un contre-argument ?

Comments:
Je cite : « Je ne veux pas faire de la discrimination «la» solution. Toute solution ne peut qu'être partielle, insuffisante, avoir des effets pervers. Alors, il faut se poser la question : quelles sont nos priorités, nos objectifs, de quels types de politiques va-t-on accepter de subir les inconvénients ? A mon avis, les dangers de la discrimination raciale sont plus importants que les dangers de la discrimination positive. J'ai beaucoup travaillé en Afrique du Sud. Et j'ai toujours trouvé choquant, dans ce pays, qu'alors que l'apartheid venait d'être aboli et que le gouvernement tentait péniblement de réduire les inégalités, on s'est mis très vite à critiquer la discrimination positive.
Bien sûr, ce serait formidable de n'avoir pas besoin de la discrimination positive. Mais ce n'est pas comme ça dans la vraie vie. En ce moment, j'étudie les politiques de l'Etat et les politiques publiques dans une ville précise. Et face au «dire sans faire» de l'Etat, je préfère de beaucoup les tâtonnements des agents locaux, qui dans leurs aides au retour à l'emploi cherchent des solutions pour aider un peu plus ceux qui sont très nettement défavorisés. »

Extraits de : http://www.liberation.fr/page.php?Article=354286 «La discrimination raciale plus dangereuse que la discrimination positive» par Gilles WALLON / LIBERATION.FR : jeudi 26 janvier 2006 - 18:07 / Didier FASSIN, sociologue et anthropologue, professeur à l'EHESS, s'est exprimé mercredi soir lors de la troisième conférence sur le thème «Le modèle républicain confronté aux inégalités»

A mon sens, compte tenu du contexte économique, politique et social français actuel, il n’est pas si évident que cela que les dangers de la discrimination raciale soient plus importants que les dangers de la discrimination positive. Que faut-il craindre le plus ? La radicalisation d’une minorité ou d’une majorité ? Eléments de réponse en 2007.
Sur l’Afrique du Sud, je n’y ai jamais mis les pieds mais j’ai un autre son de cloche !!!

« La Vice-présidente sud-africaine a annoncé, dans un entretien accordé au journal Sunday Times, qu’elle souhaitait que les Blancs bénéficient de la discrimination positive. Le gouvernement semble ainsi avouer à demi-mot les dysfonctionnements de sa politique, destinée à gommer les inégalités engendrées par le régime ségrégationniste de l’Apartheid. http://recrutement.over-blog.com/article-1324121.html

Si le sociologue-anthropologue-professeur nous dit que la discrimination positive est positive, je dis que la discrimination positive est une discrimination avant tout et qu’elle est négative, comme le démontre l’expérience sud-africaine. Je laisse à chacun le soin de se faire sa propre opinion sur la question. L’intégralité de mon blog vous est ouvert pour puiser des éléments de réflexion : http://recrutement.over-blog.com/
 
C'est vrai aux etats unis il ya juste 40 millions de pesonnes vivant sous le seuil de pauvreté, c'est très peu...preuve de l'efficacité du système n'est-ce pas? et la nouvelle orleans peuplee en majorité de noirs on a vu son traitment après la catastrophe, bizarre non? penses-tu que le texas aurait bénéficié du même traitement en cas de catastrophe similaire...? ah oui enfin j'oubliais qu'il n'y a pas de ghettos en amérique c'esr vrai...que le peuple originel de ce pays que sont les indiens sont traitès d'égal à égal comme des bêtes curieuses dans des réserves naturelles (est-ce 200.000 personnes...? contre PLUSIEURS MILLIONS il y a à peine quelques siècles... QUEL BELLE POLITIQUE MENEE PAR L'AMERIQUE PAYS DE TOUTES LES LIBERTES ET SURTOUT ULTIME DEMOCRATIE AU MONDE SELON SES DIRIGEANTS...ah j(oubliais la ségrégation tu m'excuseras, et le ku-klux klan...que de belles références n'est-ce pas?
 
Cher Pierre Edouard,

Je n'ai jamais dit que le modèle américain était une référence absolu. Je parle de la discrimination positive avec comme exemple sous jacent celui des Etats Unis.

Je reste néanmoins abattu des contre exemples que tu choisis (dans la chrnonique des Guignols de l'Info ?).

Répondons a ceux ci :

"40 M d'Américains vivant sous le seuil de pauvreté".
Deux pb : 1) le seuil de pauvreté est fonction du niveau de vie global du pays : Un pauvre au USA est deux fois plus riche qu'un pauvre français ou Taiwanais (pays co-occupant le 25ème rang mondial).
2) Il y a plus de 300 millions d'américains et donc en valeur relative je ne suis pas certain qu'il y ait moins de pauvres en France. D'autant plus, que les Etats Unis accueuille chaque année 400 000 immigrants clandestins qui arrivent sans le sous et qui font régulièrement l'objet de régularisation. J'ajouterai ensuite, que depuis le 19ème siècle, l'immigration américaine est passée d'une nature politique à une nature économique (cf Daniel Boorstin). En gros, quand on pas un franc en poche on emigre aux USA pour faire fortune.

Je ne vois pas à quoi tu fais allusion concernant la Nouvelle Orléans. Je ne lis pas le Monde Diplomatique et donc je ne peux me pronocer sur le prétendu complot militaro-pétrolier qui aurait provoqué un ouragan de force 5 et laissé mourir 10 000 personnes pour faire remonter le cours du Dow Jones. Tout ce que je vois c'est qu'il y a eu une indéniable défaillance des pouvoirs publics. Cela arrive parfois, comme quand on laisse mourir 15 000 vieux de chaleur. Tirer les leçons du passé, donc. Nous sommes d'accord.

Pour les Ghettos, je n'en connais que trois celui de Venise, celui de Varsovie et de Teresienstadt. Je te recommande leur visite, pour comprendre de quoi tu parles. Les références historiques hasardeuses, et les phrases à l'emporte pièce m'agacent. Le Ghetto renvoie a une notion très précise, d'oppression, de xénophobie, etc. Parlons donc de quartiers communautaires. Oui, ils ont toujours existée depuis le début de la colonisation américaine -cf New york, il sont même co-substantiels du développement des USA.
Comparons, à l'échelle, avec la France. Par exemple a Montpellier le quartier de la Paillade regroupe 35 000 habitants pour 230 000 habitants dans la ville. Notre modèle social a également des gros problèmes.
Néanmoins je reste d'accord avec toi pour dire que la discrimination positive ne résoudra pas le problème des quartiers sensibles si ce n'est qu'elle peut donner du travail à leurs habitants, et qu'elle permettra de ne plus considérer ces lieux comme des zoos ou des zones de non-droits. Je trouve cela insupportable.

Pour les indiens, je suis d'accord pour dire qu'il y a la un problème majeur qui est débattu depuis longtemps par les historiens. Laissons les parler. Toutefois, la création de réserves s'est faite dans la seconde moitié du 19ème siècle alors que l'affirmative action date de 1963. Et que la seconde a pour but de corriger la première. Ne pas confondre cause et conséquences, donc.

Enfin sur la ségrégation et ta dernière phrase en majuscule, je te renvoie à l'histoire de France, de cette France patrie des droits de l'homme et de l'universalisme des Lumières : depuis 1789, une république guillotine, 2 empereurs, 3 rois et 1 maréchal.
D'ailleurs je repousse ton KKK aux milices de Vichy, à l'OAS, aux comités de salut public pour la leçon de démocratie. Et à ma connaissance, les USA possèdent la même constitution depuis 1787.

Voila.

"L'énumération d'exemples n'a pas valeur démonstrative". Pas plus que celle de contre exemples.

Guido.
 
c'est vrai la france ne vaut pas mieux que les autres...enfin dernier exemple en date de l'intelligence de l'amérique avec les 350 milliards de dollars juste pour que cheney and co s'en mettent plein les fouilles; plusieurs dizaines de milliers victimes depuis la chute de hussein, le pire plus de victimes en 4 ans qu'en plusieurs années de despotisme; encore 2000 GI et on égale les morts du wtc. Chapeau l'amérique! il manque plus qu'une crise éco, les fonds de pension qui dirigent les entreprises du cac 40 décident d'enlever leurs billes de nos entreprises et là on sera vraiment mal et la ça sera le pompon, ça prouvera ce qu'est le capitalisme: du vide, du vent, de L'IMMATERIEL, et le jour ou ça part en couille, c'est pas le capitalisme qui nous donnera à manger car on aura plus d'argent pour consommer. Ahhh la belle société de consommation que c'est bon d'être un conconsommateur soumis abruti incapable d'élever son niveau de conscience: travail conso dodo mmm la classe moyenne génial!!! Je sais j'extrapole mais le seul modèle américain digne à mes yeux est leur esprit d'initiative au niveau entrepreneurial et leurs faible taux d'imposition POINT
 
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