DE L'INSOUTENABLE LEGERETE DE N'ETRE

« La vérité est scandaleuse. Mais sans elle, il n'y a rien qui vaille. Une vision honnête et naïve du monde est déjà un chef- d'œuvre... À mesure que vous approchez de la vérité, votre solitude augmente. » Michel Houellebecq, in Rester vivant.
 

07 novembre 2005

Figure imposée


Il aura donc fallu une catastrophe humanitaire d'ampleur inégalée pour que la frontière Indo-Pakistanaise s'ouvre. Tout du moins, fasse mine de s'ouvrir.

Et pendant ce temps là - en France - des émeutes particulièrement violentes et nombreuses secouent chaque jour et chaque nuit nos banlieues. De nombreux auteurs - écrivains, chanteurs ou cinéastes - avaient bien sûr prévu le phénomène depuis longtemps et mis en garde nos élites. En effet, que des personnes désespérées et vivant des dans conditions épouvantables en arrivent à de tels agissements n'est en rien surprenant. Cela semble même tomber sous le sens, comme le veut l'expression populaire.

Ainsi - par conséquent - si les agissements en question sont certes illégitimes et particulièrement injustifiables, ils sont parfaitement compréhensibles.

Il aura donc fallu cela - une flambée de violence spectaculaire - pour que certains de nos hommes politiques, de nos penseurs et de nos journalistes, comprennent l'ampleur et la gravité de la question sociale dans ces zones - dans ces quartiers et dans ces villes.
Il aura donc fallu cela pour qu'ils comprennent l'impérieuse nécessité de lutter rapidement et efficacemment contre la pauvreté, l'insalubrité et l'insécurité dans nos banlieues.

Avant qu'il ne soit encore plus tard que trop tard.

On évoque désormais la nécessité d'un "Grenelle des banlieues". L'expression revient ainsi de plus en plus, ces jours-ci.
At last.
Ce n'est pas trop tôt, comme dirait l'autre.

Mais au-delà de ce simple et facile constat, la question qui se pose est celle du traitement de cette violence. Et c'est bien là tout l'enjeu du débat.

Ainsi, c'est précisément sur ce point que vont s'illustrer - par leur étroitesse d'esprit - les mêmes qui ne comprennent pas que l'on puisse être libéral et social. Une fois n'est pas coutume.
Les mêmes qui manient l'amalgame avec talent, en tout domaine et en toute occasion.
Les mêmes qui manipulent les esprits dans l'inique dessein de soigner leurs névroses.

Car en effet, l'alternative me semble évidente :
- soit l'on justifie - à des fins notamment électorales - des crimes et des délits ignobles, et je crois par conséquent que l'on prépare un nouvel et explosif "21 avril" - avec un deuxième tour sans candidat de gauche en 2007.
- soit au contraire, l'Etat lutte sans relâche contre une minorité de criminels agissant à l'endroit même où des dizaines de milliers de pauvres, malades ou désoeuvrés restent malgré tous leurs maux dans le cadre de nos lois républicaines.

En effet, en stigmatisant une minorité, Sarkozy me semble effectuer clairement la distinction entre "fauteur de trouble" et - en vrac - "jeune, immigré, chômeur, rappeur, musulman, habitant de cité, maghrébin, africain, et caetera".
Cette distinction - dans l'opinion publique - est essentielle.
A défaut, il y a fort à craindre que le débat politique ne se résume à un dialogue extrême-gauche contre extrême-droite, poussant les démocrates et les républicains à déserter le champ politique pour rejoindre des terrains plus délicats.

Pour ma part, j'ai un rêve.
Celui d'une société dans laquelle les individus seraient courageux – moins lâches. Une société où l’honnêteté intellectuelle serait érigée au rang de valeur fondamentale. Concrètement, un ensemble social où chacun serait apte à reconnaître ses erreurs, ses limites, et à prendre en compte l’intérêt général de l’ensemble social qui lui permet de survivre.

Mais ce raisonnement devient inepte dès lors que l'ensemble social n'assure plus la survie de chacun de ses membres.

Et c'est exactement l'enjeu même du débat.

La refonte - par delà nos Institutions - de notre façon de comprendre et de faire la politique.
La construction d'un nouvel idéal social et économique qui prendrait en compte chacun des acteurs - passifs ou actifs - qui constituent aujourd'hui notre société.
L'acceptation définitive et constructive des différentes composantes sociales, religieuses et ethniques formant aujourd'hui notre nation.

Une prise de conscience collective de l'importance majeure de chacune de ces composantes dans l'avènement et la pérennisation d'une société tolérante, libérée de ses entraves idéologiques, économiquement prospère et redistributrice.

Comments:
Certains le disent tout de même, certains sujets ne doivent pas connaître de clivages politiques. Jean-Luc Romero par exemple (http://romero2008.hautetfort.com/blog/)

Sur le site de l'INA il y a le passage télévisé de Daniel Balavoine lors d'une émission dont l'un des invité était le candidat Mitterand. Ca n'a pas pris une ride ...

http://www.ina.fr/extraits/lecteur.php?id=16&encod=10&part=do&titre=Daniel+Balavoine
 
Mouai, c'est interessant bien qu'alambiqué ton truc. J'aime pas les gens qui citent d'autres gens (et encore moins des auteurs de Best-seller) pour illustrer leurs propos (ou même pour faire le titre en second du blog) mais je passe outre et j'vais voir si ca me botte.

Wait & see
 
Damien, moi j'ai un peu peur. Tu parles de lâcheté et tu vois, je crois que tu as raison. J'ai honte d'avoir peur. On m'a appris petit qu'entre 1920 et 1930, il y avait eu la monté des nationalismes en Europe. J'ai pas peur qu'on brûle nos voitures, mais qu'on fasse élire des Tyrans.
 
Right. C'est bien le risque. Et c'est bien la raison pour laquelle il ne faut absolument pas laisser au seul FN le droit de parler des sujets qui intéressent les citoyens et d'évoquer des thèmes importants.

Il ne faut par exemple pas que les républicains et les démocrates aient peur de parler d'immigration, afin notamment d'en démontrer la nécessité et la richesse. Afin d'expliquer encore et encore que les gens qui souffrent et se révoltent aujourd'hui sont dans leur immense majorité français. Français depuis - bien souvent - plus longtemps que vous et moi.

Le vrai risque, c'est la réduction du débat politique aux seuls extrêmes, excluant de fait les démocrates et les républicains.
 
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