Gare Montparnasse. Voie 7. Avez-vous déjà essayé de tirer un sac de voyage dont les roulettes ne touchent pas le sol ?
Voiture numéro 15. Sièges 47 et 48. Par chance, nous échappons au “carré” et donc à la promiscuité forcée. A ce titre, j’admire particulièrement les filles qui voyagent souvent en train - prêtes à passer régulièrement 5 ou 6 heures juste en face d’un pervers (à savoir en fait un homme) qui essayera de leur faire du pied pendant tout le trajet.
Imaginons maintenant un instant que je sois mauvais.
Le chef de gare siffle bientôt et déjà le train se met en branle. Le départ est cotonneux. Le paysage défile doucement sous nos yeux. Plus haut, le ciel gris-bleu voit se dessiner en son sein de jolis nuages. Ils me font penser à un planisphère en mouvement. Dans ces moments là, on se dit que la vie vaut la peine d’être vécue.
Soyons sérieux.
Un impératif économique certain oblige le salarié SNCF à démarrer sa machine presqu’à l’heure prévu. Le départ est efficace. Difficile de regarder le paysage en raison d’un déjeuner un peu trop lourd et surtout trop vite avalé sur le quai. Plus haut, le ciel doit être certainement bleu - en général ,c’est plutôt le cas. J’apperçois de gros nuages très impressionants, ça fait un peu peur. Dans ces moment là, on se dit que la vie vaut la peine d’être vécue.
En général, lorsque je suis seul, je passe pas mal de temps au bar - généralement en voiture 14 - à dépenser des sommes exhorbitantes en
Kronembourg et autres Whiskies. C’est une tendance masochiste comme une autre.
Là, Chérie termine le journal et je viens pour ma part de finir Public. Je participe de fait activement au triomphe de la presse de ceux qui ne savent pas lire, pour reprendre l’expression avec laquelle titrait Kahn récemment.
Sinon, le rideau vert est assez mal étudié, il revient sans cesse vers le passager par petites vagues.
Le Train à Grande Vitesse roule à grande vitesse.
Le petit bébé tout mignon pleure.
Le vieux à côté dort.
Le petit bébé pleure.
Le vieux à côté ne dort plus.
Le petit commence à faire chier.
Ce ne sont pas les distances qui éloignent les hommes, mais bien les moyens de communication mis à leur disposition.
“- Knock knock !
- Who's there ?
- Candace !
- Candace be true !?”
Anonyme.
Il semblerait de plus que j’ai un avis sur tout. Et dans un train - plus particulièrement - les conversations des voyageurs, les pages des magazines ou bien encore les terres que l’on parcoure sont autant d’occasions de réfléchir à la société qui nous entoure.
Mais rassurez-vous, en général je garde tout ça pour moi. Je ne débats pour ainsi dire jamais avec les autres. Le plus souvent, je dis “oui, c’est vrai, je pense que tu as raison”.. Et ça semble faire plaisir à mes rares interlocuteurs. Les gens aiment bien avoir raison, c‘est très commun.
Mais néanmoins il est clair que j’aime argumenter et j’aimerais notamment en ce lieu : enscencer l’Abbé Pierre, défendre la chirurgie esthétique, lutter pour le retour des maisons closes ainsi que la légalisation du canabis, soutenir publiquement M. Nicolas Sarkozy, défendre l’oeuvre de Michel Houellebecq, tendre à éradiquer le racisme dans les stades, démontrer de façon convaincante à un con les raisons pour lesquelles il est con, souligner l’importance de ne pas laisser nos vieux mourir seuls et désespérés, encadrer légalement l’euthanasie, redonner confiance dans le fait politique, écrire la Constitution de la VIème république.
Le train file, on a passé Bordeaux et déjà les Pyrénées se profilent à l’horizon (je déconne, il fait nuit, on ne voit rien et je suis de dos). L’ADSL aussi se profile, afin de vous satisfaire, vous, chers lecteurs. Soyez en paix.